04 / Le bousin 1.0

i tourna le dos au néant. Il fit quelques pas dans un tunnel sombre en direction d’un point jaune. Il découvrit une sarbacane translucide pointée sur lui. Elle le fixait avec son œil de cyclope.

Je n’aurais donc jamais le temps de souffler.

Il se plaqua à la paroi. La sarbacane ne bougea pas. Elle contemplait l’infini. i comprit que les éclairs à destination de l’appareil photo avaient jailli depuis ce point fluorescent.

Je pourrais surfer le prochain éclair et faire marche arrière. À quoi bon ? Je ne peux pas rejoindre le parchemin par cette route. Je dois aller de l’avant si je veux retrouver ma famille.

Il avait également compris qu’il ne retrouverait jamais son ancienne apparence. En avait-il même envie ? Depuis qu’il portait un costume d’Arlequin avec des numéros, il était capable de se déplacer à sa guise. Cette liberté n’avait pas de prix.

Il se glissa entre la paroi et le tube de la sarbacane qui se plantait dans un cube opaque. Un câble s’en échappait et montait vers le plafond. i le suivit du regard et prit conscience qu’il venait de pénétrer dans une vaste caverne. Des passerelles métalliques surplombaient les photos transportées jusque-là par le fleuve bleu. Déroulées à plat les unes à la suite des autres, elles faisaient penser à l’étalage d’un marchant de tapis avant l’arrivée des premiers clients.

i dominait la photo qui montrait le pont de corde avec les deux jeunes femmes en pantalon court. Sur l’image, chacune des cases numérotées s’éclairait tour à tour. Case avec 5. Case avec 100. Case avec 35. Un pinceau de lumière dessinait la somme de ces nombres sur un pan de mur : 140. Case avec 50. Score : 190. Ce score augmenta jusqu’à indiquer 65 530. Case avec 10. Le score retomba à 4 puis reprit son incrémentation.

i était hypnotisé. Il tentait de comprendre ce qui se passait. Il en déduisit que 65 535 était le nombre le plus grand qui pouvait être affiché. Si alors une case avec un 1 s’éclairait, l’addition donnait 0. En quelque sorte, le vase débordait. C’était comme si une retenue avait été oubliée. Et puis tout recommençait. Cela n’avait pas de sens.

Après l’illumination de toutes les cases de l’image, un coup de klaxon retentit. Un score de 2 675 s’afficha. En face de lui, le même score était déjà inscrit. Depuis le début de l’opération, i l’avait remarqué sans lui prêter attention. L’image trembla. Les cases se secouèrent comme un chien qui sort de l’eau. Elles perdirent leur teinte bleutée et retrouvèrent leur couleur d’origine.

i lui-même redevint noir. Il nota que ses parties réglisse avaient muté en charbon et inversement. Il ne ressentit aucun désagrément suite à cette altération physique. Elle était insignifiante comparée aux changements survenus en lui alors qu’il avait surfé et découvert la liberté.

L’habit ne fait pas le moine.

C’était ce que # avait essayé de lui dire. Comme souvent, on ne comprenait vraiment quelque chose que quand on l’expérimentait soi-même. Si une lettre était venue voir i sur le parchemin pour lui parler de la liberté, il l’aurait remballée. Il se demanda alors comment il se débrouillerait avec ses frères quand il les retrouverait. Comment leur donner le goût de quelque chose dont ils n’avaient pas idée ?

Il n’eut pas le temps de poursuivre sa réflexion. La sarbacane gronda et cracha un éclair.

Un signal ? Pour dire quoi ? Que la photo est bien arrivée ?

Un mauvais pressentiment se saisit de i. Il courut sur les passerelles. Au-dessous de lui, les cases numérotées s’éclairaient et s’éteignaient. La plupart des photos brillaient de leurs plus belles couleurs. i finit par découvrir les montagnes enneigées et le canyon barbouillés par les arabesques crémeuses de son surf endiablé. L’addition était presque achevée. Le score final devait s’élever à 12 342.

i était pessimiste. Pour le peu qu’il avait compris, une vérification était en cours. Si l’addition tombait juste, la photo était validée et un signal était envoyé à l’appareil photo. Dans le cas contraire qu’allait-il se passer ?

9 677. 10 001. 10 534. Stop. La photo se teinta de rouge. Une sirène se mit à hululer avec de plus en plus de force. En quelques instants, ses stridences devinrent assourdissantes.

i se boucha les oreilles pour rien. Il vit surgir de toute part une armée de V caparaçonnés de parenthèses. Ces (V) n’avaient rien à voir avec le v minuscule avec lequel i avait passé sa vie. Ils ne tendaient pas leurs bras accueillants vers un lecteur hypothétique mais ouvraient une bouche gigantesque bardée de dents effrayantes.

Ils veulent me bouffer ! Je dois fuir.

Mais où ? Les (V) débouchaient aux extrémités des passerelles. Ils prenaient i en sandwich. Instinctivement, pour gagner quelques secondes de répit, il courut vers ceux qui étaient les plus éloignés de lui. Ce n’était qu’une solution provisoire. Il allait finir comme une saucisse dans un hot-dog.

Un escalier descendait vers les photos. Il s’y engagea même si plus bas d’autres (V) grouillaient. Il s’arrêta à mi-distance. Il avait atteint approximativement le centre géométrique de la caverne. Il était comme un insecte pris dans une toile d’araignée. Où qu’il alla il se rapprocherait de ses poursuivants.

Une toile d’araignée ?

Il n’en croyait pas ses yeux. Devant lui flottait un filament de crin. Il en repéra d’autres. Des lianes microscopiques pendaient des passerelles qui le surplombaient. Il n’avait pas le choix. Il se jeta dans le vide, s’accrocha au filament, se balança, saisit un autre filament, se balança plus loin.

Il n’était guère avancé. En haut, les (V) se penchaient sous les passerelles pour couper les attaches des filaments. Il ressentit une secousse. Il tombait. Sous lui, les bouches frétillaient déjà de plaisir. Il se saisit d’une corde.

Une corde !

Elle n’était pas attachée à une passerelle mais au plafond. En bas il y avait des ennemis, au milieu aussi, les hauteurs étaient la seule échappatoire.

i grimpa. Fous de rage, les (V) enjambaient les passerelles et sautaient de filament en filament pour tenter de l’intercepter. Souvent ils étaient trop lourds et lâchaient prises. Ils dégringolaient vers les photos où les autres (V) les gobaient.

i dépassa le niveau des passerelles. Les trapézistes n’avaient plus aucune chance de l’atteindre. Il ressentit alors une vibration.

Mince !

Un (V) s’était accroché à la corde et le poursuivait. Il se servait de ses dents pour se tracter. En fait, il déchiquetait la corde, s’interdisant toute possibilité de retraite.

Un fanatique !

i se vit coincé au plafond avec ce monstre qui s’approcherait inexorablement. Un brouhaha retentit sur les passerelles. Les (V) s’étaient regroupés vers la sarbacane. Ils l’avaient fait pivoter sur elle-même et la pointaient vers i.

Ils veulent me griller.

— Plus vite.

Qui parlait ?

Je rêve ?

— Plus vite, répéta une voix fluette.

i leva les yeux. Une trappe était ouverte au plafond et une grosse tête jaune s’y penchait.

— Tu y es presque.

Un grondement. i comprit que la sarbacane s’apprêtait à tirer. Il regarda sous lui. Le (V) n’était plus qu’à une bouchée. L’éclair zébra la caverne. i ferma les yeux et songea qu’il était mort. Puis il se dit que puisqu’il songeait, il n’était pas mort. Une odeur de brûlé l’entourait. Il ouvrir les yeux. Le bas de la corde se consumait avec collée à lui une immonde masse ratatinée.

i éclata d’un rire nerveux.

— Ce n’est pas le moment, prévint la voix fluette.

Deux bras saisirent i et avec une force étonnante lui firent franchir la trappe qui se referma aussitôt.

— Tu as eu chaud, dit la grosse tête jaune.

Devant i se tenaient trois symboles emboîtés. Ce :-) évoquait un sourire immense au milieu d’un visage qui avait oublié son corps. Il était tout rond et se déplaçait en roulant, si bien que ses yeux fixaient tantôt le plafond ou le sol, la droite ou la gauche, l’avant ou l’arrière.

i ne riait plus. Il tremblait, claquait des dents. Il s’écroula, terrassé par la fatigue. Il avait successivement connu l’extase et frôlé la mort.

Est-ce le prix à payer pour vivre libre ?

Il n’était pas en état de philosopher. Il essaya de se calmer, de se détendre. Il sourit tant bien que mal à :-). Il remarqua que chacun des trois symboles jaunes ne portait qu’une seule case avec un seul numéro. Il en conclut que leur véritable image se trouvait dans une mémoire située ailleurs. Il prit conscience que les (V) étaient aussi constitués de trois symboles.

Je suis bel et bien dans un nouveau monde.

— Tu me regardes étrangement, dit :-). On me surnomme sourire, je suis une émoticône. Salut !

— C’est ton visage jaune. Je viens d’un monde où toutes les lettres sont noires.

— Avec ta tête bleue, tu n’es pas classique n’ont plus.

— Elle n’est pas bleue. J’ai un crâne anthracite avec des joues cassis.

— Le transfert t’a quelque peu altéré la bouille, ça arrive quand on se mêle aux images transportées. Le voyage ne laisse jamais indemne.

i se tata le visage.

— Je ne sens rien, dit-il.

— Alors tout va bien, conclut :-). Mais tu l’as échappé de justesse. Les Pacman t’on raté de peu. J’imagine que tu viens de te libérer.

i approuva tout en regardant autour de lui. Il se trouvait dans un tunnel parfaitement cylindrique qui filait à perte de vue. De temps en temps, des fentes dans les parois indiquaient la présence de trappes.

i et :-) n’étaient pas seuls. D’autres têtes jaunes s’approchèrent. :-P lui tira la langue. :-D éclata de rire. :-| ne broncha pas. Il semblait inquiet.

— Grincheux ne trahit jamais ses sentiments, expliqua :-). Il est paralysé de la face.

Les deux autres pouffèrent. :-| leur tourna le dos. Il ne le montrait peut-être pas mais il n’était pas difficile de comprendre qu’il était vexé. i s’avança vers lui et lui dit bonjour. Il devina en retour un frémissement des sourcils.

— Bon, on s’en va, annonça :-). On a terminé notre tour de garde.

i l’interrogea du regard.

— Je vais devoir tout t’expliquer, je crois. Tu as débarqué dans la zone où s’effectuent les sommes de vérification. En cas d’erreur, le contrôleur central redemande l’envoi des photos. Si un passager clandestin est détecté, les Pacman viennent le dévorer. Tu dois apprendre à mieux te cacher.

:-) et sa bande s’approchèrent d’une trappe et l’ouvrirent. Au-dessous coulait un torrent bleu.

— Regarde bien, dit :-). Entre chaque vague, il y a un vide infime, une zone sombre sans le moindre remous. Tu dois sauter là et ne pas en bouger avant l’atterrissage.

i repensa au plaisir qu’il avait éprouvé lorsqu’il avait surfé, à la sensation de glisse, puis de liberté insurpassable.

— Nous avons vu les dégâts irréparables que tu as provoqués sur la photo. Sans nous, tu ne serais plus que de la charpie de pixel. Oublie le surf. C’est un sport pour les inconscients.

i secoua la tête.

— Je n’ai jamais été aussi vivant que quand j’ai surfé.

— Tu aurais pu te retrouver plus mort que mort.

— Je m’en fiche. Ça valait le coup. J’ai connu la liberté, j’ai vécu une expérience sublime.

— Ça faisait longtemps ! s’exclama :-P. Nous avons repêché un illuminé.

Les quatre têtes jaunes éclatèrent de rire en même temps. i se sentait aussi bête qu’un Pacman.

— Tu as débarqué dans l’ordinateur du laboratoire mobile du professeur Pausch. C’est un vieux bousin.

— Le professeur ?

Les quatre compères se regardèrent gravement. Ils fermaient la bouche, serraient les dents, plissaient les lèvres. Ils paraissaient sévères mais leurs yeux pétillaient. i comprit qu’ils se retenaient d’exploser de rire.

— J’ai dit une bêtise ?

— Je vais étouffer, avoua :-D.

Et il laissa s’exprimer son hilarité. Et les trois autres surenchérirent, même les yeux de :-| faisaient le yoyo. Bien que se sentant stupide, i ne trouva pas mieux que de rire aussi. Il riait de lui-même, de sa crasse ignorance. Il riait jaune. Cette idée le fit rire plus franchement.

— Le bousin, c’est… tenta de dire :-).

Il se plia en deux, incapable de poursuivre. :-P lui toqua sur le crâne pour le calmer.

— Toc, toc ! Y’a quelqu’un ?

i s’était raidi, ne sachant pas à quelle sauce il allait être mangé cette fois. :-) toussota.

— Pas le bousin, le pria :-D.

— Ça suffit, ordonna :-) sans se montrer convainquant. Laissez-moi parler à la fin.

Il fut le premier à éclater de rire, les autres le reprirent en chœur. i lui ne riait plus. Il en avait assez de cette cérémonie absurde. Les quatre têtes jaunes se calmèrent peu à peu et murmurèrent des excuses. Elles paraissaient encore plus embarrassées que i.

— On est désolé, pouffa :-).

Il s’efforça de se contenir, mais sa bouche pétaradait. Il allait à nouveau exploser quand :-| s’exprima :

— Le bousin c’est l’ordinateur. C’est un vieux portable qui sert à toute l’expédition archéologique. On a eu le temps d’y aménager nos quartiers et d’y installer ce chemin de ronde.

Rouge de honte, :-) enchaîna :

— Si tu avais débarqué dans une machine neuve, personne ne t’aurait secouru. Il faut que des morceaux de mémoire se détraquent et soient déclassés avant que nous puissions les squatter. Alors on peut installer les filaments et les cordes dans la caverne de réception pour pêcher les novices de ton espèce.

i avait décidé de ne pas chercher à comprendre tous les détails. Il raconta son histoire et expliqua qu’il voulait retrouver le parchemin et sa famille. Il fallait qu’il leur révèle au plus vite l’existence de la liberté.

Les sourcils de :-) s’arquèrent. Il semblait soucieux.

— Nous avons vu passer la photo dont tu parles.

Les yeux de i s’éclairèrent.

— Mais elle a été transmise immédiatement au professeur Pausch. Aucune copie n’a été gardée ici. Ce n’est pas normal. Comme s’il s’agissait d’un grand secret ou d’un grand trésor.

— Je dois la rattraper.

Les têtes jaunes le jaugèrent avec sérieux.

— C’est très dangereux, dit :-). Tu n’es pas préparé pour cette épreuve.

— Je n’ai pas le choix.

— S’il reste trop longtemps ici, il ne retrouvera jamais la trace de la photo, dit :-|.

— Que va-t-il faire une fois sur le satellite ? demanda :-D.

— Il trouvera bien quelqu’un pour l’aider.

i les écoutait débattre. Son sort se décidait sans qu’il soit capable de défendre sa cause. Tout ce qu’il comprenait c’est qu’il était passé d’un appareil photo à un vieux bousin et qu’il devait maintenant sauter sur un satellite. Et après ?

— Après, on ne peut rien pour toi. On n’est pas des voyageurs. On est tranquille ici, on se marre bien. Les archéologues nous amènent partout avec eux. On voit du paysage sans prendre de risque.

— Rouvrez la trappe, ordonna i.

— Pas tout de suite, dit :-| plus grincheux que jamais.

Il s’éloigna dans le tunnel. Les trois autres têtes jaunes roulèrent à sa suite.

— Je veux partir, se plaignit i sans bouger.

Elles ne se retournèrent pas et s’éloignèrent. i tenta d’ouvrir la trappe. Elle résista. Il était prisonnier. Il ne songeait qu’à s’évader. Il comprit que ce désir l’empêchait de réfléchir.

Je suis ivre de liberté. Je dois me calmer. Je dois mieux comprendre ce monde.

Il rattrapa les trois comiques qui le regardèrent en pouffant.

— Qu’est-ce qu’il y a de drôle ?

— Il n’y a rien de triste, alors nous rigolons.

— Je suis orphelin.

— Tu n’exagères pas un peu ? Tu nous as trouvées.

— On n’est pas de la même famille.

Des éclats de rire lui répondirent. Il tenta de reformuler ce que # lui avait appris :

— Je suis une image composée de millions de pixels. Vous êtes des symboles qui faites références à des images endormies dans des cellules lointaines.

— Je suis impressionné, convint :-D.

— Je suis estomaqué, surenchérit :-P.

— Je suis sidéré, éberlué, ébloui… énuméra :-).

— Arrêtez de vous moquer de lui, ordonna :-|.

Il avait cessé de rouler et s’était tourné vers i.

— Nous sommes tous des informations. Toi tu es une information brute. À l’état sauvage si tu préfères. Nous autres sommes codées. Nous avons été domestiquées en quelque sorte.

i repensa à sa vie sur le parchemin. Il avait toujours respecté les consignes, il n’avait jamais dérogé à aucune règle. Il était une lettre modèle et le grincheux lui expliquait qu’il était un animal sauvage. Ça ne tenait pas debout. Une sensation de bonheur traversa i. Il se sentit aérien, il se revit surfer la vague.

J’ai compris. Je suis né dans un zoo. On vient de me relâcher dans la jungle. Ma famille a tout fait pour que j’oublie qui j’étais réellement. Elle m’a demandé d’être sage durant une éternité et de faire mes devoirs sans poser de question. J’ai obéi pour qu’on me fiche la paix. Je ne faisais qu’attendre le jour lointain où un lecteur se présenterait. Qu’est-ce que j’aurais fait alors ? Encore une fois ce que ma famille attendait de moi. En somme, je n’aurais jamais été moi-même.

:-| poursuivait son explication :

— Les lettres, les nombres et les symboles sont des informations. Chacun des pixels qui te composent est une information. Tous ensembles, ils forment une autre information qui est toi-même.

— Mes pixels peuvent parler ?

— Si tu apprenais à les écouter, peut-être. En tout cas, ils ont conscience d’eux-mêmes. Ils savent de quelle couleur ils sont.

i s’observa avec stupeur. Son corps était plus que son corps. Il était une société ! Chacune de ses composantes avait une identité et ensemble elles lui donnaient son identité. Il eut comme une révélation.

En tant que lettre dans un mot, je suis une partie d’un tout qui est plus grand que moi. Un texte aussi est une société. Une ville qui grouille d’informations. Je peux m’y baigner comme je me suis baigné dans le fleuve bleu. Je peux être heureux juste parce que je suis avec les autres.

Il regarda les quatre têtes jaunes. Elles formaient une famille. Ensemble, elles étaient plus qu’elles-mêmes exactement comme chacun des pixels d’une image créaient quelque chose de plus grand qu’eux.

:-| roulait à nouveau. Le tunnel s’obscurcit peu à peu et les parois devinrent translucides. À l’extérieur une nuit épaisse s’étendait à perte de vue. Des milliers de tapis roulants la traversaient. Ils transportaient des lettres, des nombres et des symboles enchaînés.

Des informations !

Elles se débattaient avec l’énergie du désespoir. À grande vitesse, elles fonçaient vers un building disproportionné. Par les fenêtres illuminées de rouge, des tentacules jaillissaient, cueillaient les informations puis en posaient d’autres à leur place. Sur les tapis roulants qui les éloignaient du building, elles paraissaient étourdies comme après une anesthésie ou un traumatisme.

— Le processeur, commenta :-|. C’est le domaine des programmes.

i cligna des yeux pour mieux voir ce qui se passait à l’intérieur. Derrière les fenêtres, il devina une vie grouillante. Des monstres gigantesques s’enroulaient comme des serpents entassés dans un vivarium. Ils se battaient, s’arrachaient les informations, les avalaient, les recrachaient. Ils étaient animés par une frénésie boulimique.

— Le building se divise en cinq étages, commenta :-). Nous sommes face au niveau rouge, le plus bas. Il recueille les informations, les envoie aux quatre étages supérieurs puis les récupère et les renvoie sur les tapis roulants.

— Qu’est qui leur arrive ? demanda i avec inquiétude.

— Ta question n’a pas de sens. C’est comme si tu me demandais ce qu’il arrive quand un lecteur lit un texte. Tout dépend du texte. Comme il existe une infinité de texte, il existe une infinité de programmes.

— Pourquoi les informations ont-elles peur ?

— Parce qu’elles ne savent pas ce qui les attend. Elles n’ont pas choisi de passer à la moulinette.

:-| parlait de plus en plus lentement, de plus en plus gravement. Il se pencha, ouvrit une trappe qui surplombait un tapis roulant.

— Qu’est-ce que tu fais ? demanda :-) qui n’avait plus aucune envie de rire.

:-| ne lui répondit pas. Il se laissa tout simplement tomber sur le tapis entre un A et un X hystériques. i le vit s’éloigner. Il ne réfléchit pas. Il sauta à son tour et manqua écraser un 0 apathique.

— Pardon !

Le 0 leva un œil morne.

— Cool ! dit-il. Pas de stress.

i haussa les épaules et l’enjamba. Il courut sur le tapis roulant en direction du A dont il apercevait le crâne pointu.

— Je ne te veux aucun mal, lui dit-il.

Il le contourna et rejoignit :-|. Il le regarda dans les yeux pour essayer de lire ses pensées. Rien ne transparaissait, pas la moindre émotion.

— Libérez-nous, se crièrent A et X.

— C’est inutile, dit :-|. Il est trop tard.

Il désigna une fenêtre rouge vers laquelle ils fonçaient. Des tentacules terminés par d’immenses lèvres se tendaient. i se pencha vers le vide.

— Je te déconseille de sauter. En dessous il n’y a rien, tu tomberais jusqu’à la fin des temps sans jamais croiser personne.

A et X éructaient avec temps de précipitation qu’ils s’étouffaient et se bavaient dessus. X fut ingurgité. Il émit un petit râle et ce fut terminé. :-| resta impassible. Il se laissa gober sans frémir. Son assurance donna du courage à i. Il se tint bien droit, prêt à se faire sucer par les lèvres violettes du tentacule. Il les sentit se poser sur lui. Une langue le tâta sur tout le corps, comme si un docteur l’examinait, puis une régurgitation l’expulsa sur un nouveau tapis roulant. Un rot phénoménal le souffla.

i éclata de rire.

C’est une blague. Grincheux cache son jeu.

Il le vit être éjecté à son tour à la suite du X qui le précédait.

Quelque chose ne tourne pas rond. X a été avalé avant le grincheux et il est sorti avant lui. J’ai été avalé après lui, j’aurais dû sortir après lui.

i se dépêcha de le rejoindre. Quand il arriva à sa hauteur, il comprit ce qui s’était passé. Son costume avait été découpé en milliers de cases numérotées. Le programme l’avait transformé de symbole en image.

Il n’a pas voulu de moi mais il a traité le grincheux.

— Je déteste cette métamorphose, dit-il

i remarqua une légère altération. Le grincheux était toujours aussi rond et jaune mais il clignait de l’œil droit. Le programme l’avait transformé en ;-|. Ça lui donnait un côté moins sévère.

— Pourquoi t’as fait ça ? lui demanda i.

— Tu croyais que j’allais te laisser partir seul jusqu’au satellite. J’ai besoin de prendre l’air. Les comiques me fatiguent.

Ils se penchaient à une trappe percée dans le tunnel translucide et tendaient leurs bras tout en souriant béatement.

— Ne faites pas les malins, leur dit ;-|.

En voyant son œil amoché, ils explosèrent de rire. Ils tournèrent sur eux-mêmes comme des toupies. Ils se tamponnèrent.

— Tu vas avoir besoin de chirurgie esthétique, lança :-D.

— Vous n’êtes que des mauviettes, leur assena ;-|. Aucun de vous n’a eu le courage de me suivre. Il n’y a que lui qui s’est inquiété pour moi. Je vais l’accompagner. Je vous laisse rire.

Ils ne riaient plus. Le grincheux roula jusqu’à ce que le tunnel devienne opaque, puis il ouvrit une trappe qui donnait sur un fleuve bleu.

— Résiste à la tentation de surfer, dit-il à i tout en le saisissant par la main.

Ils se penchèrent au-dessus du torrent. Ils laissèrent passer plusieurs vagues pour s’habituer à leur rythme, puis ils sautèrent.

65 réflexions sur « 04 / Le bousin 1.0 »

  1. PTK

    Sans tout comprendre (métaphores ou analogies ? ) aux pièces géométriques du puzzle, on se laisse bien emmener par la dynamique. Il faut cesser de trop interpréter (difficile dès qu’on a un peu de connaissances.) Merci pour les repères (un câble ici, une évocation du processeur là.) Je souhaite bien d’autres émotions et rencontres à i et ses compagnons. Ça commence à être très vivant, bien que restant abstrait, Mieux à mon sens que la partie de sport extrême (c’est ça vivre plus ? un peu macho) du chapitre précédent. Finalement, ça devient un roman psychédélique, qui serait bien héritier de la beat generation.

  2. PTK

    Je n’ose décoder ASCII, y aurait-il un message subliminale ? Ce ne sont que des images. Peut-être la solution en annexe ? Sinon, ça fait Oulipo. Après tout, il ne manque plus que des liens hypertexte, sous forme de parenthèses comme dans « Mathématique : Récit » de Jacques Roubaud.

  3. PTK

    Remplissage ? D’ailleurs c’est un plagiat de Léon Bloy, dans l’Exégèse des Lieux Communs. Si ce dernier est disponible en Creative Commons, ce n’est pas bon pour tes futurs droits d’auteur. Dumas était payé au paragraphe, c’est pourquoi ils sont courts. Mais ils sont de lui au moins. ;-)

  4. Iza

    Ayé, ça a marché l’epub sur Stanza !!!! Merci ! Bien plus pratique ! On lit et on revient te dire. Biz

  5. PTK

    honnêtement, je n’ai pas compris le passage du tunnel à cette sorte de caverne avec un plafond. Manque-t-il une articulation ? Je dois être trop matérialiste, ça n’empêche pas de gouter la suite.

  6. PTK

    Encore une de mes limitations. Pour moi, c’étaient sont des camemberts, pas des V. Il m’a fallu plusieurs cases avant de retrouver Pacman. A posteriori, je suis déçu qu’il ne ramasse rien. Pas de pac-gommes ? Prévoir aussi une illustration pour les moins de 30 ans. Mais pas pour montrer le décor, ça casserait toutes les images mentales.

  7. marsupilamima

    j’ai du mal à faire la part des choses entre ce que i connait déjà et ce qu’il découvre. Venant d’un parchemin, comment sait-il ce qu’est un cyclope, un Arlequin, un pantalon, un klaxon, une sirène etc comment reconnait il des photos, comment sait-il compter aussi bien?

  8. tcrouzet Auteur de l’article

    @ptk Je crois qu’on peut découvrir la liberté de multiple façons… ça m’est arrivé en terrasse de café, en faisant du moto-cross ou en écrivant… d’autres c’est en chantant, en dansant… Tu sais il y a beaucoup de filles qui font du surf, mais c’est vrai que j’ai choisi la version virile… dans mon Eratosthène j’ai fait le même choix… il me semble que c’est la manière la plus immédiate de faire comprendre la transformation. Et puis c’est venu comme ça, j’ai pas réfléchi plus que ça.

    Je crois qu’il serait dangereux de chercher à tout recoller à la réalité. Je décris un monde qui s’inspire du monde numérique mais qui n’est pas le monde numérique. Je veux faire comprendre sa logique, rien d’autre. On est vraiment ailleurs, dans un trip pourquoi pas.

    Il faudrait arriver à lire en lâchant avec le réel. On est comme avec Alice dans le terrier.

    @marsupilamona i a toutes les connaissances de son temps… en ce sens ce n’est pas un enfant. Juste il ne sait rien du monde dans lequel il rentre et de notre vie contemporaine. Il faut imaginer qu’il sait tout ce que peux savoir un savant de l’an 1000. Il faudrait peut-être que j’arrive à mieux le faire comprendre. Je dois pouvoir glisser ça en 1.

  9. tcrouzet Auteur de l’article

    Je comprends pas ce que tu comprends pas. Au chapitre d’avant i atterrit dans un tunnel. Le tunnel mène dans une caverne. Il faut que je reformule ? Un essai:

    Il évita le tube de la sarbacane et avança dans le tunnel. Il découvrit qu’un câble s’échappait de la sarbacane et courrait sur le sol. i le suivit. Il déboucha sur une passerelle métallique située à mi-hauteur d’une vaste caverne. Il surplombait les photos transportées jusque-là par le fleuve bleu. Déroulées à plat les unes à la suite des autres, elles faisaient penser à l’étalage d’un marchand de tapis avant l’arrivée des premiers clients.

  10. marsupilamima

    Donc il ne sait pas ce qu’est une photo, ni un arlequin, ni un klaxon, ni une sirène (sauf celles d’ulysse)et le mot pantalon n’existe pas. Tu vas un peu trop vite, non?

  11. tcrouzet Auteur de l’article

    Si je me limite exactement au langage de l’an 1000 (la date finale n’est pas encore fixée, ce sera peut-être 1200 ou 900 j’en sais rien à ce stade), ça va devenir affreusement contraignant… par exemple je parle de sarbacane et pas de canon mais je parle de câble.

    C’est moi qui raconte les aventures de i, pas i. Ce qui compte c’est que i dans sa tête n’ait pas de concepts étrangers à son temps.

    La photo, # lui a expliqué ce que c’était par exemple. Pixel aussi. La différence entre image et symbole.

    Autre possibilité pour régler ce problème… les lettres appartiennent à la sphère culturelle, elles apprennent parce qu’elles sont connectés avec toutes les autres lettres, au moins la définition des mots les plus usuels…

    En tous cas, il faut régler ce problème, c’est sûr!

  12. tcrouzet Auteur de l’article

    Tu réfléchis trop :-)
    Valeurs totalement aléatoire… juste pour que la somme soit simple.

  13. marsupilamima

    De toutes façons, le langage de l’an 1000 serait incompréhensible, c’est plus un pb de concept. Ce qui existait ou pas et ce que i saisit ou pas. C’est peut être juste qu’il manque qques interrogations de i qui devrait se demander ce que c’est que ce bruit (klaxon, sirène)Pour Arlequin et la comedia dell’arte, on peut se dire que c’est le narrateur mais c’est limite. Les enfants sont logiques. Cela dit, j’aime bien l’idée de sphère culturelle (ou de réseau social) mais cela demande d’être dit.

  14. tcrouzet Auteur de l’article

    J’essaie en ce moment de régler tout ça dans le chapitre 1…

    Je viens de parler de sphère culturelle avec isa ça marche pas en fait. Car dès que i serait libéré, il absorberait tout ce qui a été pensé depuis 1000 ans et on serait plus dans un parcours initiatique.

    L’idée c’est que plutôt il est une information, donc avant même les langages, ce qui lui permet de les comprendre tous…

    Pour l’Arlequin oui… le Klaxon aussi je vais essayer le faire plus s’interroger.

  15. tcrouzet Auteur de l’article

    J’ai reformulé :

    C’est ça que # a essayé de m’expliquer. Ce que je porte sur moi ne dit rien de ce que je suis.

  16. tcrouzet Auteur de l’article

    (V) c’est le code officiel du pacman !!!

    C’est peut-être le mot pacman que je ne dois pas utiliser.

  17. lOursYK

    Tout de même ne pas trop faire glisser de choses en 1 , parce que ça va finir par être le [trop] gros chapitre…

    Je suis toujours l’histoire avec plaisir, toutefois dans ce chapitre 4 je me demande si toutes les précision techniques sont abordables, à quel moment vas-tu donner la clé RVB ?

    Case avec 5 + 100 + 35, sans la recréer dans un soft de dessin je « vois » un vert sombre. Je sais qu’il faut se laisser porter par l’histoire mais ici j’aimerai un peu plus d’explications, je me perds dans tes chiffres. Il y a deux façons de décrocher : totalement, là tu perdras un lecteur – en partie, on se contente de sauter les passages qui gênent, dans ce second cas s’il y a trop de passages qui sautent on risque aussi de perdre l’histoire.

    Cela dit, je suis prêt à admettre que mon allergie aux chiffres influe sur mon avis présent…

  18. tcrouzet Auteur de l’article

    Dans sa version actuelle le 1 a 3 pages de moins qu’en V2 et 1 de moins qu’en V1. J’ai aussi viré beaucoup de choses inutiles pour la suite. J’ai réglé les problèmes évoqués par Masupilamina en 2 phrases et ça donne de la cohérence à tout le chapitre et à toutes la suite… on comprends pourquoi i comprend (le texte actuel intègre ces modifs).

    Le RVB est expliqué en 2 par #. J’y reviens pas.

    Là on n’est plus dans le RVB mais dans le checksum qui se fiche de savoir à quoi correspondent les chiffres. Parler de ça sans chiffres, je sais pas trop comment faire.

    Une idée? C’est important cette histoire parce que j’ai bien peur que les chiffres reviennent par la suite… on est dans un monde numérique.

  19. tcrouzet Auteur de l’article

    Je peux simplifier en évitant l’histoire de l’overflow :-)
    Et juste parler d’une somme peut-être.
    ça serait plus léger.

  20. PTK

    Là c’est mieux. Pour préciser sur le texte initial : i passe d’un tunnel obscure à une vaste caverne dont on voit le plafond sans s’en apercevoir. Je comprends sa surprise, c’est la mienne aussi, je ne sais pas comment il a fait. Il doit y avoir un trou dans l’espace-temps. Ça fait partie de la poésie, mais pas de la logique.

  21. Szarah

    « Finalement, ça devient un roman psychédélique, qui serait bien héritier de la beat generation. »
    C’est exactement mon impression. Du coup, il n’est pas utile de chercher des correspondances parfaites entre le ressenti de i et la réalité, quelques repères analogiques suffisent.

  22. lény

    quand même je trouve que i intègre un peu facilement le concept de photo pour une lettre qui vient du monde des moines copistes. Quand il se fait une idée qu’il passe d’une machine à l’autre je le conçoit la notion de machine devait exister déjà mais là …

  23. lény

    je pense thierry qu’il faudrait jouer avec plus de parcimonie de ces éléments explicatifs. Pas facile. Certains passent bien mais d’autres comme celui-ci sonnent faux ou trop.

  24. lény

    « Puis il se dit que puisqu’il songeait, il n’était pas mort »
    cette phrase est de trop. On s’en fout. L’action c’est qu’il se fait tirer dessus, qu’il ferme les yeux parce qu’il a peur et il les ouvre, il est vivant. C’est tout. Garde la dynamique dans l’action.

  25. tcrouzet Auteur de l’article

    Faire appel à la logique me paraît hasardeux? Quelle est la logique d’une lettre intelligente? J’en sais rien. On peut tout imaginer. Peut-être qu’un mot et deux détails suffisent à lui faire généraliser un concept (du moment que les lecteurs connaissent le concept).

  26. tcrouzet Auteur de l’article

    Qui te dit que c’est un moine copiste? J’ai jamais parlé de copiste je crois. C’est peut-être un moine ET? C’est une de mes hypothèses de travail en plus. En tout cas c’est plutôt un philosophe qui écrit le texte, dans un but très précis pour l’avenir.

    i est un être illogique par rapport à notre réalité, on ne peut pas chercher à fonder ses connaissances sur celles du temps présumé où il a été écrit.

  27. lény

    i ne doit pas connaitre non plus l’idée de zoo.
    enfin bref. Ce qui me perturbe là c’est que i est comme famille d’autres lettre, ça me va. Des frères et soeurs en d’autre terme, logés à la même enseigne. cette famille n’attend rien de i, comme lui/elle elle est posée sur un parchemin. En revanche le moine copiste pouvait attendre quelque chose de tous. D’autre part sa vie n’a été que très courte, il/elle a dormi plus de mille ans dis tu dans le premier chapitre. i avait une destiné qui était pire que d’obéir. i attendait le lecteur.
    Je ne sais pas comment mais à mon avis il faut que tu trouves autre chose pour faire comprendre que i était sage et docile. Peut être dire qu’il était vide d’attente …. un truc comme ça.

  28. tcrouzet Auteur de l’article

    Là où j’explique la photo… chap2 je dis qu’il n’y comprends rien plus. ce qui compte c’est que lecteur comprenne à ce stade. i n’a pas besoin de connaître les détails. Il a une quête retrouver le parchemin.

    C’est pas la copie du parchemin qu’il recherche (ça il n’a pas compris encore)… mais les lettres qui sont dessus et qu’il suppose aussi vivantes que lui.

  29. tcrouzet Auteur de l’article

    Faux ou trop ? C’est pas pareil ?

    i comprend ce qui se passe. ça c’est sûr.

  30. lény

    ben ils n’étaient pas sur un tapis roulant ?! comme se sont ‘ils retrouvés dans un tunnel ?
    Si ce sont les trois frangins qui les ont récupérés, ce n’est pas clair. Tu dis qu’ils tendent leur bras, j’ai d’abord cru que :| les ignorait et qu’ils passait son chemin.

  31. tcrouzet Auteur de l’article

    Demain je mets une nouvelle version avec beaucoup de modifications partout!!! Attends :-)

  32. tcrouzet Auteur de l’article

    Je corrige pas nécessairement le texte en ligne, surtout pas quand c’est une V1… y’a trop de modif dans mon doc maintenant (paragraphe en moins ou en plus par exemple).

    Je pense que je vais même cesser de corriger les textes en ligne. Je ne ferai qu’une mise à jour le mercredi… et à la limite je mettrais à jours PDF et ePub.

    Toutes vos corrections sont intégrées (sauf oublie) et se retrouvent en ligne le mercredi suivant.

  33. tcrouzet Auteur de l’article

    Je peux tout mettre au féminin… j’hésite encore… pb avec la suite… j’ai pas décidé encore.

  34. lény

    pas d’accord avec toi.
    Dans le premier chapitre tu décris un contexte dont les seul références sont la peau de chèvre, la plume, l’application de l’écrivain, tu proposes même un « leica photo » sans qui i n’y comprenne rien. Il n’a donc à priori pas de connaissance de se phénomène. Qu’il le comprenne en deux temps trois mouvements ne me convainc pas.

  35. tcrouzet Auteur de l’article

    # explique en 2 ce qu’est un appareil photo.
    Si tu regardes mon texte à la loupe, un mec de l’an 1000 ne comprendrait rien. Tout ça n’a aucun sens pour lui. Il faudrait que j’écrive en latin pour qu’il suive un peu.

    — Pourquoi tu es enfermé ? demanda i.
    — Je me suis échappé du hangar de numérisation.
    — Numérisation ?
    — Tu es dans un appareil photo Leica M9 Titanium.
    — LEICA ? J’ai vu ce mot étrange inscrit sur l’œil qui m’a dévoré.
    — C’était l’objectif de l’appareil. C’est lui qui t’a capturé. Il t’a fait passer à travers un filtre rouge, vert et bleu pour séparer tes différentes couleurs. Il les a transformées en nombres, puis il a recollé tout ces nombres et t’a reconstitué dans le hangar. À ton look, mon vieux, tu en sors tout droit. Ton costume d’Arlequin me dit que les seringues n’ont pas eu le temps de te retoucher le portrait. Toi aussi tu t’es donc enfui.
    i approuva même s’il n’y comprenait rien. Il ne retenait qu’une chose, il avait été transformé extérieurement sans se sentir intérieurement différent.
    — Il faut que je parte d’ici. Je veux retrouver mon parchemin. Si je ne suis pas avec ma famille, je n’ai aucune chance d’être lu.

    i ne s’arrête que sur ce qui compte pour sa quête. Il creusera les détails plus tard. Pour photo l’explication arrive plus loin chap 2:

    — C’est étrange, dit-il. Rien ne bouge dans ce paysage. Le vent n’agite pas les peupliers. Au fond du canyon, l’eau ne coule pas. Tout est paralysé.
    — Je ne sais pas où ils t’ont pêché. Regarde bien. C’est une photo. Une image dessinée automatiquement si tu préfères. Elle est composée de millions de cases colorées. Exactement comme toi.
    i se pencha au-dessus du vide. Il repéra les fines lignes qui démarquaient les cases et découpaient le paysage en damier. Tout était ordonné, numéroté.
    J’ai pénétré dans un monde de géomètre.
    — Toi, i, tu es une image composée d’une myriade de pixels, c’est comme ça qu’on appelle les cases de nos costumes. Moi, je ne suis qu’un nombre qui désigne une image mémorisée dans une cellule pourrie. Je suis une projection. Un fantôme. Je n’ai aucune personnalité. Il existe des milliards de # identiques à moi. Je suis un clone alors que tu es unique.

    Il me semble que j’en dis assez pour i (et surtout pour mes lecteurs). Non?

    PS : tes remarques m’aident à préciser des tonnes de petites choses…

  36. tcrouzet Auteur de l’article

    J’ai viré tout ça de toute façon… j’ai viré la découverte de la liberté… ça arrivait bcp trop tôt et ça ne servait à rien à ce stade de l’histoire.

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