05 / Le satellite 1.0

i et Stoïc oscillaient avec les vagues bleues sans être eux-mêmes plongés dans le bleu. Ils ressentirent une fantastique accélération qui leur coupa le souffle et se retrouvèrent éjectés de l’ordinateur.

Le soleil les éblouit.

i commença par s’effrayer. Il eut peur d’être brûlé, puis il songea qu’il n’était plus une lettre écrite sur un manuscrit mais une information. La lumière n’était plus dangereuse.

Quoi que ? Qu’est-ce qui est dangereux ou ne l’est pas dans ce monde ?

— Regarde la parabole, dit Stoïc. On a quitté le bousin par là. Elle nous propulse droit vers le satellite.

Ils s’éloignaient à toute vitesse d’une immense assiette blanche. Elle était fixée sur le toit d’une carrosserie métallique. Stoïc se sentit obligé d’expliquer :

— C’est une voiture tout-terrain. Le 4×4 de l’expédition archéologique.

Il devint minuscule, un point brillant au milieu d’un désert rouge déchiré par un canyon. Au loin, les montagnes enneigées rapetissèrent également. Une mer apparut.

— La Caspienne, précisa Stoïc.

— Je ne suis pas imbécile, j’ai reconnu sa forme de F. Maintenant la mer Noire ! s’exclama-t-il. la Méditerranée ! L’Europe ! Mais la terre est ronde !

— Tu croyais quoi ?

— De mon temps, les moines affirmaient qu’elle était plate. Les Grecs durant l’antiquité avaient bien montré qu’elle était ronde mais personne ne comprenait leurs théories.

i se tut, émerveillé par le spectacle. Il ne ressentait aucune douleur. Il n’était pas inquiet.

Vers où on fonce ?

— Pour moi, un satellite c’est un homme de main au service d’un despote, dit-il.

— Depuis ton époque, on a fait évoluer le sens. Ton homme de main il tournait autour du despote. Il dépendait de lui. On a décidé d’appeler satellite tout ce qui tourne autour de la terre. La lune est un satellite. Nous on se dirige vers Eutelsat W6. C’est un satellite artificiel situé en orbite géosynchrone au-dessus de l’Europe du Sud.

— ?

— Il est artificiel parce que les hommes l’ont expédié dans l’espace avec une fusée. Il vole à 35 786 km du sol. À cette distance, il lui faut 24 heures pour faire le tour de la terre.

— Donc, il tourne à la même vitesse qu’elle ! se réjouit i.

— Oui. Il occupe toujours la même zone du ciel. C’est pratique pour communiquer. Où que les hommes se trouvent, ils savent situer le satellite et ils peuvent lui envoyer des informations et en recevoir.

L’onde quitta l’exosphère et entra dans le vide.

— Nous voici dans l’espace, se réjouit Stoïc. Je me sens bien pour la première fois de ma vie.

La terre n’était plus qu’une boule bleue nappée de spirales blanches qui laissaient entrevoir quelques continents. À l’opposé, le satellite Eutelsat W6 scintillait comme une étoile de plus en plus éclatante. Elle se transforma en papillon. Deux panneaux solaires se déployaient de part et d’autre d’un cube doré.

i n’eut pas le temps d’en apprécier l’esthétique sommaire. Il percuta une parabole. Le fleuve qui dans l’espace avait pris son aise se retrouva confiné dans un canal. Les vagues déferlaient contre un barrage percé d’une multitude d’alvéoles.

— Tu connais la tactique, dit Stoïc.

Ils sautèrent en même temps, s’accrochèrent à la paroi et l’escaladèrent.

— Je ne vois partir aucun éclair, constata i.

— Une autre parabole est utilisée pour renvoyer les informations.

— On va rentrer par où ?

— Il y a toujours un passage quelque part.

i se renfrogna.

— Comment ? Tu n’es jamais venu jusqu’ici ? (Stoïc fit comprendre que non.) On risque d’être coincés à l’extérieur, s’effraya i.

Imperturbable, Stoïc poursuivit l’escalade. Il finit par découvrir une ouverture où il se glissa.

— Pas la peine de s’inquiéter. Toutes les paraboles peuvent fonctionner dans les deux sens. On entre par la sortie qui n’est pas utilisée.

Ils avancèrent dans un tunnel, découvrirent une sarbacane d’éjection, la contournèrent et se retrouvèrent sur les passerelles de la caverne de réception.

— C’est gigantesque ! s’exclama i.

— Tu n’es plus dans un bousin mais à bord d’une centrale de communication. À chaque seconde des milliards d’informations débarquent puis sont immédiatement renvoyées vers la terre.

Partout, les chiffres clignotaient et des sommes de vérification s’égrenaient. Les coups de klaxon rivalisaient avec les beuglements des sirènes. Des (V) courraient à la poursuite des erreurs et les dévoraient.

— Ici, un débutant n’a aucune chance.

— Je ne retrouverai jamais mon parchemin.

— Ça fait longtemps qu’il est reparti sur terre.

i laissa tomber ses petits bras le long de son corps.

— Te désespère pas. On va dénicher quelqu’un qui l’aura vu passer.

Stoïc s’engagea sur une passerelle. Il cherchait quelque chose.

— Les rebelles ont dû construire un escalier pour monter jusqu’au chemin de ronde.

— Les rebelles ?

— C’est ainsi qu’on appelle les informations libérées. Tu es un rebelle toi aussi maintenant.

i n’avait jamais souhaité se rebeller contre quoi que ce soit. Il appartenait à un mot qui appartenait à une phrase qui appartenait à un texte. Chaque chose devait tenir sa place pour que l’ensemble ait un sens et puisse révéler une beauté supérieure à chacune de ses parties.

Depuis que j’ai quitté le parchemin, je ne rencontre que des rebelles ! Ils font l’école buissonnière. Ils ne respectent rien.

Ils avancèrent dans la caverne dont les parois latérales se perdaient dans le lointain. Les passerelles croisaient d’autres passerelles.

— C’est un labyrinthe, dit Stoïc.

— On va tourner au hasard pendant des heures, se plaignit i. Plus je perds de temps, moins j’ai de chance de retrouver ma famille.

— L’impatience ne règle jamais rien.

— Les rebelles ont dû laisser un indice pour les voyageurs, conclu i et il fit demi-tour.

— Où tu vas ? demanda Stoïc.

— Je retourne vers la sarbacane.

— Ça ne sert à rien.

— Il faut recommencer au début avant d’être totalement perdu.

Ils regagnèrent le tunnel par lequel ils avaient débouché dans la caverne.

— On est bien avancé, dit Stoïc.

— Tu préférais risquer de te perdre ?

— On aurait fini par trouver la sortie.

— Pendant ce temps qu’est-ce qui serait arrivé à ma famille ?

Stoïc ne répondit pas. i observait les murs autour de lui.

— Mince, je ne vois aucun indice. Mais j’ai une idée. Quand on est dans un labyrinthe, il existe deux stratégies pour trouver la sortie. Tourner toujours à droite ou tourner toujours à gauche. Ainsi on finit par suivre tous les murs et on tombe obligatoirement sur la sortie. C’est fastidieux mais efficace.

— Si on part à gauche et que la sortie se trouve juste à droite, on risque de marcher longtemps, grogna Stoïc. Ta méthode est aussi hasardeuse que la mienne.

— Non. Il existe huit fois plus de droitiers que de gauchers. Il est donc plus logique de partir à droite.

— C’est de la logique ? demanda Stoïc sans plaisanter.

i avait déjà bifurqué sur la passerelle de droite. Il appliqua quelque temps sa stratégie sans découvrir la moindre trappe ou le moindre escalier.

— Les rebelles sont rebelles, dit Stoïc avec nonchalance. Ils font tout le contraire de ce qu’on attend d’eux. Moi, je serai parti à gauche.

i jugea ce raisonnement absurde.

À quoi bon faire le contraire de tout le monde ? Qu’est-ce qu’on y gagnait à part se faire remarquer et s’attirer des ennuis ?

Il fit néanmoins demi-tour et Stoïc roula à sa suite. Ils regagnèrent la sarbacane et empruntèrent la passerelle de gauche. La ferraille se mit à trembler. Une escouade de (V) fonçait sur eux.

— Je me suis trompé, dit Stoïc avec flegme. Ils nous ont repérés.

Il ne fit aucun mouvement pour fuir. Il avait compris que c’était inutile. i chancela. Il ferma les yeux et repensa à son surf sur le fleuve bleu.

J’aurais au moins connu ça.

La passerelle vibra avec plus d’intensité. i sentit un souffle le caresser, puis plus rien. Les (V) les avaient dépassés en trombe sans les remarquer.

— Nous ne sommes pas des erreurs, conclut Stoïc. Pour ces monstres, nous n’existons pas,

— Tu ne pouvais pas le dire plus tôt.

— Je viens juste de le comprendre.

Encore flageolant de peur, ils poursuivirent sur la passerelle. Ils découvrirent assez vite les contours d’une trappe percée au plafond de la caverne.

— Comment on grimpe là haut ? demanda i. Puis comment on ouvre ?

— Il nous suffit d’attendre la prochaine ronde.

— Attendre, tu ne penses qu’à attendre. Et puis pourquoi ils feraient des rondes. Tu m’as dit que les débutants n’avaient aucune chance. Faire des rondes pourquoi ?

— Pour récupérer les voyageurs ! Beaucoup doivent passer par ce satellite. C’est une sorte de grand aéroport.

Devant l’incompréhension de i, Stoïc fit une mise au point sur les transports humains. Il n’oublia aucune de leurs machines aussi infernales que magiques.

— Nous autres informations avons aussi nos routes et nos autoroutes, nos échangeurs et nos gares de triage. Le satellite en est une.

— Il y a un truc qui cloche, en déduisit i. Si beaucoup de voyageurs passent par ici, pourquoi sommes-nous seuls. Il devrait y avoir la queue sous la trappe.

Stoïc approuva :

— On a dû se tromper d’endroit.

— On ressort, annonça i.

Ils rejoignirent une nouvelle fois la sarbacane, se glissèrent dans le tunnel d’éjection, puis escaladèrent la paroi du barrage. Ils devinèrent devant eux trois silhouettes qui grimpaient avec vélocité, puis elles disparurent. Ils se lancèrent à leur poursuite.

— Bienvenue sur Eutelsat W6, chantonna un O opulent. Quelle est votre destination ?

i et Stoïc le regardèrent avec surprise. Ils se hissèrent sur une plateforme accrochée au vide. Elle paraissait flotter au-dessus de la terre.

— Bienvenue sur Eutelsat W6, répéta le O. Quelle est votre destination ?

La stupéfaction passée, i se ressaisit :

— Je recherche un parchemin.

— Consultez le comptoir des renseignements. Bonne route.

Le O se détourna vers un T qui venait de grimper sur la plateforme.

— Bienvenu sur Eutelsat W6. Quelle est votre destination ?

— Le centre de recherche atomique européen.

— Départ immédiat, douzième piscine à droite.

Le T s’enfuit sans aucune autre formalité. i et Stoïc étaient totalement désorientés. Une foule innombrable se pressait dans un tunnel cylindrique aux parois blanc crème. Il y avait des lettres et des chiffres de toutes les tailles et de toutes les couleurs, dans tous les alphabets. La plupart se pressaient vers des bassins au-dessus desquels des panneaux indiquaient les destinations et les horaires.

Barcelone, centre des supercalculateurs. Départ dans 12 secondes. Fenêtre de saut disponible pendant 5 secondes.

Rome, Vatican. Départs permanents.

Tunis, université virtuelle, avec connexion pour New York. Départ dans 20 secondes. Fenêtre de saut disponible pendant 3 secondes.

Au bord des bassins, les informations ressemblaient à des parachutistes qui attendaient le moment opportun avant de se jeter dans le vide. Celles qui n’avaient pas encore de correspondance discutaient ou somnolaient à l’écart.

i ne cessait de demander son chemin jusqu’au comptoir des renseignements. La plupart des voyageurs ne connaissaient pas le satellite. Ils se contentaient de dire que c’était plus loin. i les remerciait sèchement.

— Calme-toi, lui répétait Stoïc.

— On sait bien que c’est plus loin puisqu’on n’a rien vu depuis l’entrée.

— Alors pourquoi tu déranges tout le monde ?

i ne lui répondit pas qu’il était pressé. Il poursuivit son exploration pendant que Stoïc s’extasiait.

— Regarde ce W, c’est une montagne. Regarde ces idéogrammes chinois peinturlurés en rouge. Ça doit être la fête du dragon.

Stoïc perdait de sa froideur. Il trépignait comme un enfant lâché dans un magasin de jouets.

— Des musiciens !

Un O servait de grosse caisse à un X qui, campé sur ses pieds écartés, le martelait avec la paume de ses mains. Ils chantonnaient pendant qu’un Y se trémoussait devant eux. Les passants jetaient des 0 et des 1 entre ses bras écartés en forme de coupe.

La foule oppressait i. Il avait mal à la tête. Il ne songeait qu’à trouver le comptoir des renseignements. Il le dénicha entre la piscine pour Tanger, zone franche portuaire, et celle pour Toulouse, centre aérospatial.

Une douche vaporisait depuis plafond une pluie bleue. Tout autour, suivant un périmètre circulaire, se tenaient des $ dorés ou argentés qui brillaient de mille feux. Ils faisaient des gestes accueillants et saluaient les passants qui tous prenaient leurs distances.

— Renseignement ? répétaient-ils à tour de rôle.

i au contraire s’approcha.

— Stop ! cria Stoïc. Tu ne vas pas leur parler ?

— Et pourquoi pas ?

— Les $ sont des escrocs. Moins ils rutilent, plus il faut se méfier d’eux. Ils cachent leur jeu. Les pires sont les $ verts. Tu n’auras pas ton renseignement gratuitement. Ils vont te le vendre pour une montagne de 0 et de 1. Et s’ils ne l’ont pas, ils te vendront du vent.

i songea à l’étymologie du mot « comptoir ». La table sur laquelle on compte les marchandises, aussi l’argent. Les $ échangeaient des renseignements contre de l’argent. Si tel était le cas, il ne fallait pas les appeler escrocs mais mouchards, espions ou barbouze.

— Ne perds pas ton temps avec eux, supplia Stoïc. On n’a pas d’argent et aucune information à leur échanger.

— On retrouve comment le parchemin ?

Stoïc baissa les yeux. i s’avança vers le comptoir. Un $ doré vint à sa rencontre.

— À votre service, dit-il d’une voix mielleuse, quelque peu plaintive, comme s’il souffrait d’une maladie qui le faisait terriblement souffrir.

i eut tout de suite envie de le plaindre.

— Je t’aurais prévenu, dit Stoïc. Si tu lui poses une question, tu lui seras redevable jusqu’à ta mort.

— Loin des miens, je suis déjà comme mort, jura i. (Il sourit au $). Je recherche un parchemin qui vient de transiter par le satellite. Il commence par un magnifique C enluminé.

— Voyons voir ce que nous avons, dit le $.

Il se détourna et s’avança sous la pluie bleutée qui tombait du plafond. Avec ses bras, c’était comme s’il écartait les lanières d’un rideau. Par instant, il laissait goutter la lumière dans l’une de ses mains. Elle y formait une petite mare qui vite débordait. Il secouait la tête, manifestement déçu par ce qu’il trouvait. Il finit par s’attarder vers le centre de la douche.

— Stoïc, tu es une langue de vipère. Il ne m’a rien demandé.

— Ils ne demandent jamais rien. Ils supposent que tu connais les règles. C’est un truc pour coincer les débutants comme toi et pour les transformer en débiteurs pour le restant de leurs jours. Une fois que tu as une dette, tu es pris au piège. Il te faudra des crédits pour rembourser ton crédit. C’est un cercle vicieux dans lequel il ne faut jamais tomber.

Le $ semblait tisser les lanières bleutées. Il poussa des aboiements joyeux et revint en sautillant.

— J’ai ce que vous cherchez.

Stoïc se boucha les oreilles.

— Je ne veux rien savoir, dit-il.

— Parlez, ordonna i.

— Le parchemin a pris l’onde en direction de l’Angleterre, plus précisément de la petite île de Jersey où se trouve le centre d’étude du professeur Pausch.

i sentit l’énervement l’envahir.

Bien sûr ! Le parchemin ne pouvait qu’ailler directement chez le professeur.

Il força Stoïc à l’écouter.

— Tu n’aurais pas pu me dire où ton professeur habitait. Tu réfléchis parfois avant d’agir ?

— Toi, tu te crois plus intelligent que tout le monde, dit Stoïc dont les joues jaunes s’empourpraient. Tu fonces croyant que tes neurones ont déjà évalué toutes les possibilités. Tu présumes de tes capacités. Je n’ai fait que te répéter de prendre ton temps. Au contraire, tu as couru partout pour atterrir chez ces esclavagistes du comptoir des renseignements.

Le $ se raidit, l’air outré. Il se contenta de toussoter pour attirer l’attention.

— J’ai appris autre chose.

— Quoi donc ? lança i.

— Tu vas alourdir ta dette, le prévint Stoïc.

Le $ se pressa de répondre :

— Le parchemin a été sniffé par un hack.

i resta coi.

— Ta gueule, ordonna Stoïc au $ qui voulait s’expliquer. Laisse-moi parler. Et toi ouvre bien tes oreilles d’impatient. Un hack est un programme installé par un pirate.

— Un rebelle, tu veux dire ?

— Sauf que c’est un humain. On les appelle hackers. Ils entrent dans les ordinateurs qui ne leur appartiennent pas. Parfois ils en prennent le contrôle, le plus souvent ils sont très discrets pour ne pas se faire remarquer.

— Il faut qu’on aille tout de suite à la rencontre de ce hacker s’il est à bord du satellite.

— Ça y est, tu ne réfléchis plus. Quand je dis que les hackers entrent dans les ordinateurs, c’est une façon de parler.

— Sois précis alors.

— Les hackers réussissent à faire entrer leurs programmes de manière clandestine.

— Comme nous ? demanda i.

— C’est logique non ? lui demanda en retour Stoïc.

— Je n’ai pas suivi.

— Je le vois bien. Tes yeux se sont dédoublés. Tu ressembles à un ï.

— Alors explique.

— L’impatience te gagne à nouveau.

i trépignait de rage. Il évita de répliquer.

— Les programmes entrent comme nous dans les ordinateurs parce qu’ils sont eux-mêmes des informations.

i avait vu leurs grands corps de serpents monstrueux s’enrouler les uns autour des autres dans le processeur du bousin. Il ne se sentait aucune affinité avec ces ectoplasmes munis de tentacules répugnants.

— Les programmes ne sont qu’une suite d’informations, parfois de millions d’informations. Chacune leur dicte leur comportement. Ajoute 1. Multiplie par 2. Attends un signal. Quand il arrive à l’heure, fait ça. Quand il arrive en retard, fait plutôt ça. Quand il n’arrive pas, crie au secours.

— Ça doit être lassant d’être dans un programme.

— Je ne connais rien de pire.

— Je commence à comprendre. Un hacker a envoyé sur le satellite un programme pour espionner les communications.

— C’est pour ça qu’on parle de sniffer. C’est un renifleur si tu préfères.

— Mais y’a trop de monde qui passe par ici. Il ne peut pas renifler tout.

— Tu as raison. Il se ferait remarquer. En revanche, c’est un peu comme un chien que l’on dresse pour suivre un gibier particulier. Il peut veiller dans l’ombre et n’intervenir qu’au moment opportun.

— Pourquoi pour mon parchemin ? (i n’attendit pas la réponse de Stoïc). Parce qu’il est précieux ! Nous devons contacter ce hacker.

— Je peux vous conduire à l’onde qui mène à lui, proposa le $.

— Surtout pas, l’arrêta Stoïc.

— Mais bien sûr, le contredit i.

Le $ quitta le cercle de ses compères qui entouraient la douche. Il remonta le tunnel, franchis une cinquantaine de piscines, avant de s’approcher d’un minuscule puisard.

— Vous avez besoin d’autres renseignements ?

— Peut-être, intervint Stoïc à la grande surprise de i. Laissez-nous faire le point.

Il roula jusqu’à plaquer sa face jaune contre le visage de i.

— Tu nous as mis dans le pétrin. Si nous ne payons pas, il nous enverra au turbin.

— Ça veut dire quoi ?

— La pluie bleutée qui tombait au comptoir des renseignements, tu crois que c’était pour le décor ?

— Tu me prends vraiment pour un imbécile. J’ai compris que des informations élémentaires défilaient.

— Elles venaient d’où à ton avis ?

— Si j’ai bien compris, les programmes traitent les informations.

— Tu sais tout. Les $ utilisent les mauvais payeurs dans leurs programmes. C’est comme ça qu’ils leur font payer leurs dettes.

— Qu’est-ce qu’on fait ?

— Tu vois le puits devant nous, on saute !

36 réflexions sur « 05 / Le satellite 1.0 »

  1. PTK

    Dans l’esprit de son temps, i, s’il en a le temps, doit observer que la terre est un disque (ronde), ce qui ne signifie pas qu’elle soit une sphère et donc non plate. Il n’a pas de quoi s’étonner ici.

  2. PTK

    Là il peut s’étonner des distances (bien que le système métrique n’existait pas en son temps) et devrait baisser la tête pour se protéger du choc contre le firmament.

  3. tcrouzet Auteur de l’article

    i connait les Grecs… donc il sait que le soleil est très loin de la terre déjà et les étoiles infiniment lointaines :-)

    24 h, il connait en revanche (et les enfants aussi).

    Je ne peux pas se faire étonner i de tout ce qui est dit. ça serait invivable. Il veut avancer dans sa quête. CF sa fiche.

  4. Iza

    Bon, trop super ! j’accroche et je comprends tout (mais peut être c’est moins compliqué, je ne sais pas).
    Je n’ai pas eu le temps de relire le tout revu. Je le télécharge et fait lire à Romane.

  5. Iza

    je le prends sur l’iphone pardon.
    Et les autres lecteurs ? où sont ils ? en train de faire leurs Kdos de noël ;-)

  6. Amotsdelies

    J’aime bien l’idée véhiculée par la dernière phrase mais je trouve que là, ça tombe un peu comme un cheveu sur la soupe. C’est un peu trop pompeux par rapport au reste du texte. Tu peux sûrement améliorer ça !

  7. Amotsdelies

    Tout ça devient vraiment bluffant. Je dirais même inouï, cf § 164 ;-)
    À moins que je n’ai gardé le sens de l’humour d’un enfant de 10 ans ? En tout cas, j’ai bien ri sur ce chapitre. Et ce soir, ça tombait vraiment à pic. Merci pour ce bon moment !

  8. clamoche

    Le cadeau de Noël, ce serait de réussir à tout comprendre…
    alors, dans l’attente d’un éclair pour passer de la gêne au gène de « i » et pour moi au « génie »; je gémis et relis.

  9. lény

    incroyable ! Amotsdelies, la prochaine fois que je dois faire un courrier je te l’envoie ! t’es la patronne des V en fait un vrai logiciel de correction d’erreurs ! ;)

  10. tcrouzet Auteur de l’article

    Propal moin philo :

    i n’avait jamais souhaité se rebeller contre quoi que ce soit. Il appartenait à un mot qui appartenait à une phrase qui appartenait à un texte. Avec sa famille, il devait tenir sa place pour que le texte ait un sens et qu’il enchante les lecteurs, plus qu’aucune lettre isolée n’en serait jamais capable.

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