Chapitre 96

Les abeilles tournoyaient au-dessus de la table, des fruits, des restes de gâteau, puis repartaient se décharger sous les tuiles surchauffées.

— Pute borgne ! s’exclamaYvon. Sales bêtes.

— Je me mords la langue pour les faire fuir, dit Mitch.

— C’était un truc de sa grand-mère, dit Paulette.

Les invités éclatèrent de rire. Dan et Maggy. DS et Extase. Le commandant Aurel et sa famille. Rob le collectionneur anglais. Des voisins du Lot- et -Garonne.

Id avait voulu célébrer le retour au calme et honorer la mémoire de Joseph.

— Notre vie ne sera plus jamais la même.

Avec Mitch, ils avaient quitté Paris, leur travail, leurs responsabilités, leurs fonctions, pour habiter la campagne.

Qu’allaient-ils faire ? Ils ne le savaient pas. Ils ne voulaient plus qu’on leur dise quoi faire, ils ne voulaient plus faire sans nécessité.

Le paysan se levait pour cultiver son champ. Entre ses actes et la conséquence de ses actes, il y avait un lien direct.

Produire de la nourriture. Pourquoi les informaticiens, les banquiers, les juristes, les fonctionnaires se levaient-ils ?

Ils étaient capables de se justifier, mais après des raisonnements compliqués, qui à chaque étape, dissolvaient la nécessité.

— Nous en sommes venus à agir pour agir, dit Id. À dépenser notre énergie pour oublier que nous sommes en vie.

Kafka avait dénoncé l’émergence de l’absurde dans la société. À chaque génération, les hommes retombaient dans le piège.

Plus la société se complexifiait, plus âprement il se refermait. Il existait toutefois une force opposée, une tendance à la simplification.

Des opérations qui exigeaient des 10e d’étapes n’en exigeaient plus qu’une. Le lien direct réapparaissait, souvent favorisé par la technologie.

Id et Mitch n’avaient pas choisi de revenir à la nature, loin de là. Ils voulaient valoriser la simplicité.

Cette simplicité immédiatement perceptible, qui affecte la vie, la bouleverse, lui donne une saveur exquise.

— Santé bordel ! s’écria Yvon en levant son verre.

— Santé bordel ! répondirent les convives en trinquant.

Une voiture passa au loin au pied du vallon. Un trait brillant dans la campagne nauséeuse de trop de lumière.

Pas un souffle d’air. Seuls les insectes pour affronter l’immobile. Pour briser cette idée d’éternité.

Ils s’affairaient au-dessous des fleurs sauvages qui ponctuaient la pelouse. Armées laborieuses, dirigées par un but purement entropique.

— Où sont les enfants ? demanda Mitch. Tom ! Anna !

Pas de réponse. Elle se leva. L’inquiétude ne la quittait plus.

— Ils jouent près de la piscine, dit Paulette. Le rideau est fermé, précisa-t-elle. J’ai vérifié.

Mitch se laissa retomber dans son fauteuil.

Elle suivit la courbe des champs jusqu’à la route lointaine au pied du vallon. La haie de peupliers au bord de la rivière.

Les poteaux électriques, indispensables lignes de fuite dans les paysages bucoliques. Réseau de fils et de bits qui entortillait la planète de son étreinte.

Une nouvelle voiture agita la lumière avec ses chromes et son pare-brise éblouissant. Elle s’immobilisa, manœuvra un retournement.

Elle disparut derrière le bois de chêne, puis son moteur ronfla dans la montée. Elle pointa son museau au bout du chemin.

Révéla ses lignes archaïques de cabriolet collector.

— Une Lincoln Continental Low Rider 1960 ! s’exclama Rob.

Une grande femme s’en arracha, ses cheveux enlacés dans un foulard fuchsia assorti à la carrosserie.

Elle portait une robe blanche, des chaussures à talon fuchsia, elle marchait avec assurance et dignité.

Dan se dressa, se crispa, oublia sa chaise qui bascula.

— Ada, dit-il d’un souffle.

— Qu’est-ce qu’elle fiche ici ? grogna Maggy.

— J’ai eu du mal à vous trouver, dit Ada. Je refuse d’utiliser un GPS. Je déteste les gadgets de connecté.

Tous la regardaient stupéfaits.

Elle dénoua son foulard, libéra ses cheveux gris.

— Où sont les enfants ? demanda-t-elle.

Leurs cris retentirent.

Ils couraient vers la terrasse.

— Ada ! Ada ! clamait Tom, brandissant un téléphone.

— Rends-moi cet appareil, ordonna Mitch.

Elle se tourna vers Ana.

— Je t’avais demandé de ne plus jouer avec.

La fillette baissa la tête. Ada lui fit un signe de connivence.

— C’est la faute de Jos, dit-elle. Il adore les enfants et il leur parle toujours de moi. Grand-mère Ada ils m’appellent.

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