Chapitre 1

C’était l’avant-veille de noël, 23 heures. Plein phares, Id enchaînait les méandres d’un chemin communal du Lot-et-Garonne. Après un trimestre éprouvant à Paris, il était heureux de rejoindre Mitch et les enfants dans leur maison de campagne.

Jos aussi devait être sur la route. Ils ne s’étaient pas vus depuis vingt ans et leur dispute. Id avait retrouvé sa trace sur le net.

Une lueur orange apparut. Un gendarme en gilet jaune fluo agitait une lanterne et levait le bras. Plus loin il y avait d’autres gendarmes fluo. Ils entouraient une voiture versée dans le bas-côté, la portière conducteur tordue comme le couvercle d’une boîte de conserve usagée. Le pare-brise arrière ressemblait à un cratère lunaire. Autour d’un point d’impact circulaire s’échappaient des lignes de faille.

Id ouvrit sa fenêtre.

— Demi-tour, lui ordonna le gendarme.

— J’habite plus loin sur cette route.

— Demi-tour.

Id mit sa voiture en travers. Les phares balayèrent un champ de pruniers. Il aperçut à une dizaine de mètre de la route un objet blanc.

Il termina son demi-tour et se gara. Le gendarme revint vers lui.

— Que faites-vous ?

— J’ai envie de pisser.

Id ne savait pas ce qui lui prenait. Une voix intérieure lui avait donné un ordre irrationnel. Il courut vers l’objet blanc et fit semblant de pisser. À ses pieds, il y avait un iPhone.

Id se baissa, renoua ses tennis. Lorsqu’il posa ses doigts sur l’écran, la photo de Jos s’afficha. Id se redressa, empochant l’appareil.

Il regarda encore une fois la voiture accidentée. Il remarqua autour des civils mais aucun secouriste. Donc pas de victimes.

— Dépêchez-vous, lui dit le gendarme.

— Il n’y a pas de blessé ? demanda Id.

— Ce n’est pas vos affaires.

— Si près de chez moi, c’est peut-être un ami !

Le gendarme lui ordonna de ne pas bouger et se dirigea vers ses collègues. Il parla avec un costaud grisonnant portant un cuir de motard.

L’homme s’approcha, l’air menaçant. Il avait les yeux si verts qu’on aurait dit qu’ils étaient en verre, le verre d’une bouteille de Perrier.

— Vous avez des amis en Suisse ?

Jos avait dit qu’il arriverait de Genève.

Pourquoi Id secoua-t-il la tête négativement ? Danger lui criait la mystérieuse voix intérieure.

— Alors circulez, ordonna le costaud aux yeux verts.

Id remonta en voiture et s’enfuit. Il fixait tantôt le rétroviseur, rien que la nuit, tantôt l’iPhone de Jos posé sur le siège passager. Le mobile semblait prêt à exploser.

Pressé de se réfugier chez lui, Id roulait vite sur la petite route communale. Toujours rien dans le rétroviseur.

Mitch me prendra pour un fou. Elle avait déjà trouvé bien mystérieuses les précautions que Jos avait employées pour communiquer.

Pas de téléphone. Mails cryptés. Id avait analysé leur en-tête et découvert que les messages n’arrivaient jamais du même endroit.

— Es-tu sûr de vouloir me revoir ? avait dit Jos.

Leur rupture vingt ans plus tôt restait une blessure pour Id.

— Tu n’aimeras pas ce que je vais te raconter, avait dit Jos. Veux-tu savoir ce que j’ai fait durant toutes ces années ?

— Oui, tu restes mon meilleur ami.

— Après, ta vie ne sera plus la même. Fini ta tranquillité de spécialiste de l’infosécurité. Tes bidouilles vont devenir plus sérieuses.

Id était un crack de l’informatique et des réseaux. Jos voulait-il l’entraîner dans une nouvelle opération de piraterie ?

— Tu atterriras dans un monde dont tu ne soupçonnes pas l’existence. Toutes tes croyances s’écrouleront.

Id avait éclaté de rire.

— Jos, tu n’as pas changé.

— Parfois j’aimerais être le même qu’avant et ne pas savoir tout ce que je sais.

Et maintenant j’ai peur. J’ai menti aux gendarmes. Je t’ai abandonné dans ta voiture. Mais pourquoi il n’y avait pas d’ambulance ?

Toujours rien dans le rétroviseur. Des phares éblouirent Id. Il manqua perdre le contrôle lorsqu’une camionnette le croisa. Son cœur battait comme un compte à rebours.

Si l’iPhone se trouvait prêt du prunier, c’est que Jos était passé par là. Il avait fuit. On l’avait attaqué. La police le cherchait.

Id ralentit, s’arrêta. Il pensa à Mitch et aux enfants. Il s’apprêtait à faire demi-tour quand l’iPhone se mit à vibrer. Id n’aurait pas fixé avec moins d’angoisse un virus qui se serait apprêté à le contaminer. Il avança sa main vers l’écran. Il décrocha.

Un rire éclata.

— Ici Jason. Je suis loin, très loin. Dites au traitre que je le retrouverai.

— Jos ?

Silence.

— Jos, c’est bien toi ?

Jos se faisait appeler Jason ! C’était sa voix, Id en était certain même s’il ne l’avait pas entendue depuis longtemps.

— Id, tu as trouvé mon téléphone, dit Jos avec une frayeur manifeste.

Il n’attendit aucune réponse.

— Fuis. Ne te retourne pas.

— Mais…

— Où es-tu ? coupa Jos alias Jason.

— En voiture.

— Le téléphone bouge à nouveau sur leur GPS. S’ils t’on vu, ils savent que tu l’as.

— Ils nous écoutent alors !

— Transmission cryptée. Soyons brefs pour pas qu’ils aient assez de data à décoder.

— C’est ça le grésillement ?

— Parasitage volontaire. Stop. Ne fais confiance à personne. Cours. Cours. On se retrouvera. Nous t’aiderons mais n’attends rien de nous.

Id éloigna le téléphone de son oreille et le regarda en grimaçant. On aurait dit qu’il venait de mordre dans un gâteau avarié. Il abaissa sa fenêtre pour le jeter puis il se ravisa. C’était son seul lien avec Jos, peut-être sa seule chance de sauver sa peau.

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16 Comments

  1. j’suis pas sure pour cette partie écrite en plus gros. c’était bien hier. tout à la même taille.

  2. Franchement je m’amuse! Ca crée une attente.
    Mais là j’avais zappé la partie écrite en plus gros, j’ai repris au moment où tu avais déjà remodifié.

  3. Si vous trouvez que c’est lisible comme ça, je laisse comme ça. Je pourrais toujours changer.

    La question que je me pose c’est de savoir si je fais des chapitres très courts. Deux SMS de plus pour terminer celui-ci ou si j’introduis des sauts de ligne en même temps que l’action progresse et donc écris des chapitres bien plus longs. Très courts, c’est sans doute plus adapté au web.

  4. Oui, ça semble cohérent.
    Mais je peux aussi bien être surprise par des chapitres plus longs!
    C’est marrant parce que je viens d’écrire et effacer “Tape comme ça te vient et on verra.”: “on”.

  5. Bonjour,
    Je suis personnellement incapable de critiquer quoi que ce soit à ce que vous écrivez et que je lis avec plaisir et enthousiasme. cependant, j’ai un vrai gendarme en isite chez moi qui veut vous faire ces quelques remarques, bien qu’il s’agisse de faux gendarmes dans l’histoire.

    – lueur orange : s’il s’agit de la lanterne ok, s’il s’agit du gilet, non, car ceux de la gendarmerie actuelle sont aussi jaunes que ceux de Lagerfeld.

    – les gendarmes n’ont plus de cuir de motard, la tenue réglementaire en hiver: bottes en cuir, pantalon en gortex un peu comme les marins pêcheurs, veste en gortex ou combinaison complète en gortex façon combinaison de ski. Et la plupart du temps ils gardent leur casque, surtout en hiver s’il fait froid. Bon, le gendarme présent chez moi vit en Bretagne, c’est peut-être différent dans le sud-ouest.
    La meilleure façon d’identifier un motard ce sont les bottes et le casque parce que le cuir c’était sous Mitterand au moins (cuir de motard à nouveau au chapitre 3), donc anachronisme avec l’iphone.
    Mais surtout ne jamais confondre policier et gendarme même si c’est sous le même ministère maintenant (les policiers sont des fonctionnaires et les gendarmes des militaires).

  6. J’ai précisé pour le jaune 🙂
    Merci pour l’info.

    Mon costaud en cuir de motard c’est pas un flic ou un agent secret alors.
    Son cuir, c’est celui que je porte quand je fais de la moto.
    Un truc civil qu’on trouve dans n’importe quelle boutique de moto.

    Mais je sens que je vais introduire des motards dans mon histoire… 😉

  7. Eh bien je n’avais jamais lu depuis le début. C’est très entraînant. Et je remarque que tu as très peu (?) modifié par rapport au tweet original? Au point de vue de la form, je veux dire.

    Allez hop, au 2e chapitre 🙂

  8. Je n’ai pas vraiment relu je dois dire 🙂 Les modifs résultent des conversations qui se sont déroulées ici.

    La plus grosse modif c’est la fusion du chapitre 1 et 2 originaux et l’ajout d’un chapitre 2.

    Je construis l’histoire en flux tendu, comme je le faisais avec le jeu de rôle, et je me suis rendu compte qu’il manquait une présentation des méchants.

  9. ah oui faut les présenter ces vermines! c ce qu’on a commencé à faire ds buboneka. on a 2 chapitres, le premier présente les bons, le 2e, les méchants. mais bon on ne jure de rien pour la suite 🙂

    je suis au travail donc peux pas skyper. je t’écris pour qu’on se fixe une heure raisonnable pour tous les 2.

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