Chapitre 69

Le minibus Volkswagen se planta dans le sable de la grève blanche. Sa bouche souriante comme plongée dans un pot de sucre.

— Debout, ordonna un commando au fort accent Allemand.

Id et Mitch se redressèrent tant bien que mal entre les deux rangées de sièges.

Ils avaient les mains liées dans le dos et s’aidèrent de leurs épaules pour se stabiliser. La porte arrière du minibus s’ouvrit.

Une bourrasque la referma, elle s’ouvrit à nouveau.

— Par là.

Ils descendirent sur la plage blafarde battue par la tempête.

Dans la nuit fluorescente, on les poussa vers un zodiac retenu par deux hommes en combinaison néoprène.

— Au centre, allongés.

Deux hommes embarquèrent à l’avant, les deux plongeurs à l’arrière, ils démarrèrent. La mer se creusa aussitôt.

Le vent arrachait l’eau au sommet des vagues. Il pleuvait à l’envers. Le zodiac se cabrait puis plongeait.

L’hélice tournait dans le vide avant d’accrocher la houle par saccades. Id et Mitch poussaient tête et pieds contre les boudins de caoutchouc.

Leur corps décollaient, retombaient, d’un claquement, chaque fois ils fermaient les yeux de peur de finir dans la mer.

Les commandos impassibles se contentaient de les regarder valser. Ils attendaient qu’ils se noient ou qu’ils se brisent le dos.

Un harnais atterrit dans le Zodiac. Un homme y harnacha Mitch. Elle décolla, dans la nuit vint heurter une paroi métallique.

Des mains la saisirent. Elle se retrouva dans une cheminée éclairée de rouge. Le kiosque d’un sous-marin.

Le harnais repartit vers le zodiac, il revint chargé avec Id qui à son tour se retrouva dans le kiosque. On les treuilla en contrebas.

Des hommes armés les accueillirent. Tout autour des ordinateurs avec des opérateurs. Wifi détecté. Connexion établie.

— Détachez-les, amenez-les dans la cabine 3, dit un homme en chemise blanche, le visage gris, les yeux gris, les cheveux ras et gris.

— À vos ordres commandant, lui répondit un soldat.

Il fit signe à Id et Mitch d’avancer dans un couloir, puis de descendre par une écoutille.

Sous-marin nucléaire classe Spectre affrété par l’Union Européenne, spécialisé dans les missions commandos.

Le décor changea. Un bar, des tables, un salon, un écran plasma. Quelques hommes faisaient du surf dans les Alpes avec des WiBoard.

Vitesse de croisière maximale 50 nœuds. 70 hommes d’équipage. Se dirigeait vers la mer du nord quand a été détourné pour nous capturer.

Ils passèrent dans un couloir étroit ponctué de portes numérotées. Le soldat de tête entra dans la cabine 3. Id et Mitch le suivirent.

Deux couchettes se trouvaient de part et d’autre. Entre elles, une table blanche avec 2 fauteuils pivotant. Un coulissant menait aux toilettes.

Ai craqué la liaison avec l’amirauté. Accès au réseau des forces de l’OTAN. Cherche Joseph Blaine. Faut le trouver, le contacter.

— Asseyez-vous, ordonna le commandant.

Il referma la porte derrière lui. Deux hommes armés restèrent en faction.

À 18h25, Jos a pris le vol Ryanair FR515 à Dinard. Il est arrivé à Londres Stansted à 18h30 heure locale.

— Je ne sais pas qui vous êtes, dit le commandant. Je vais vous consigner dans cette cabine jusqu’à ce que je reçoive des ordres.

Jos a un billet pour Oslo demain matin 6h55 vol Ryanair FR1392, de là il transite vers Tromsø puis Longyearbyen sur les îles Svalbard.

— Vous êtes sur un navire militaire, vous êtes sous la loi martiale. Je n’hésiterai pas à vous abattre si nécessaire.

Jos atterrit en soirée. Le lendemain des huiles débarquent sur l’île. Inauguration à 11h de l’extension du Svalbard Global Seed Vault.

— Je suis désolée pour votre homme, je devais protéger mes enfants, dit Mitch.

Id grimaça, il ne savait pas qu’elle avait éliminé un soldat.

Viens de bloquer message entrant ordonnant au commandant de nous conduire à Portsmouth. Je crois qu’il ne sait rien, c’est juste un soldat.

Mitch se prit la tête à deux mains, se pencha en avant. Il lui fallait gagner du temps. Une fois en plongée le sous-marin serait coupé du monde.

Annonce Longyearbyen à pleine puissance. 1900 milles nautiques ! Va nous falloir 38 heures. On arrivera une heure avant l’inauguration.

Un buzzeur vibra dans la poche du commandant. Il sortit un mobile à coque tactile. Il lut deux fois le message, dévisagea Mitch et Id.

Je lui ai ordonné d’appareiller et de couper toute communication jusqu’à destination. Comme à la veille d’un conflit nucléaire.

Il secoua la tête, sortit, ses hommes le suivirent et verrouillèrent la porte.

— Mais tu vas m’expliquer ce qui s’est passé, demanda Id.

— Nastasia a pris le contrôle du sous-marin.

Mitch se leva, fit basculer un cadre de bois qui cachait un écran au pied d’une couchette.

— Regarde.

Une carte de l’océan Arctique apparut.

— Cet archipel au nord de la Norvège c’est le Svalbard.

Id ne s’intéressait pas à l’écran, il fixait Mitch.

— Tu es capable d’afficher ce que tu veux sur cet écran. C’est ça ? Je deviens fou.

Elle se pencha vers lui, essaya de l’embrasser, il la repoussa.

— Jos arrive là-bas demain soir, nous arriverons après-demain matin, dit-elle.

Id haussa les épaules.

— Plusieurs chefs d’État et sommités scientifiques se retrouvent pour inaugurer un bunker botanique.

Id s’esclaffa.

— Qu’est-ce qui y’a de rigolo ?

— J’ai entendu parler de ce bunker. Une véritable base de super méchants pour archiver des graines.

— Toutes les graines jamais cultivées par l’humanité !

— Ridicule, dit Id. Pour protéger quelque chose d’unique, on l’enferme dans un coffre.

Il sourit.

— Mais pour protéger quelque chose de commun comme des graines, on le distribue partout.

Il sourit encore.

— Qui centralise pour avoir le pouvoir ? Les Croisés. Qui décentralise pour distribuer le pouvoir ? Les Freemen. Bon, c’est la théorie.

— Tu insinues que le Global Seed Vault a été développé sous l’impulsion des Croisés. Mais ils se fichent de protéger les graines.

— Justement, ils ont choisi une stratégie inefficace. Un jour ils pourront tout détruire d’un seul coup. En attendant…

— Quoi ? Tu veux dire que c’est là qu’ils veulent débuter leur stratégie de réduction de la population mondiale ?

— Ce n’est pas moi l’intelligence artificielle.

— C’est malin, dit-elle en se jetant sur une des couchettes.

— Ils nous ont piqué les cigarillos à la Barbapapa, on va être obligé de dormir, dit-il en s’allongeant lui aussi. On n’a rien d’autre à faire.

— Très drôle.

Il se contenta de ronchonner.

— Avant la coupure de la communication, Nastasia a fait le plein d’info sur le Svalbard, dit Mitch.

La petite ville de Longyearbyen occupe l’embouchure du fjord Adventfjorden sur l’île de Spitzberg, la plus grande île de l’archipel.

C’est une cité minière, le deuxième lieu habité le plus au Nord, à mille kilomètres du pôle mais le Golf Stream tempère les hivers.

— À notre arrivée, la dépression que nous avons essuyée en Bretagne aura fait monter la température à 5°C, 10°C au-dessus de la normale.

— Tout fout le camp, commenta Id.

Mitch poursuivit ses explications sans tiquer. Le bunker botanique a été logé dans une mine de charbon.

Une vue en coupe s’afficha sur l’écran. Les chambres fortes se trouvent à 120 mètres sous une montagne de grès.

Un unique couloir de 100 m de long y mène. Le site a été choisi pour sa stabilité tectonique et son permafrost, qui facilite la climatisation.

Le site se situe à 130 mètres d’altitude, hors d’atteinte de l’eau même en cas de fonte généralisée de toutes les banquises.

— Les Croisés doivent avoir quelque chose de précieux à cacher, quelque chose de vital pour eux, dit Id.

— Mais quoi ?

— L’Arche d’alliance avec les tables de lois. Le Graal. Quelque chose de plus précieux encore ? Dieu !

— Tu délires.

— Jos a décidé de le détruire. Il avait compté sur ton aide, peut-être notre aide, avant de faire cavalier seul.

— Un ordinateur ?

— Je ne vois pas d’autres explications, une machine monstrueuse, une machine pour soumettre l’humanité en esclavage.

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