Chapitre 72

Les imbéciles. Ils devaient l’abattre. Ils l’ont emprisonnée et fait descendre dans leur sous-marin. Maintenant plus de nouvelle.

Severino avait contacté l’amirauté européenne pour apprendre que le sous-marin avait disparu. Des navires avaient été envoyés sur zone.

Ils ne trouveraient rien. Les sous-marins de classe Spectre avaient été créés pour être indétectables tant qu’ils restaient en plongée.

Où allait-il faire surface ? Il se déplaçait à la vitesse record de 50 nœuds.

— Appelez-moi Thérèse, ordonna Severino.

Il s’était contenté de hurler de derrière son bureau. Il farfouilla dans un tiroir. En sortit un cigare qu’il alluma avec difficulté.

Il marcha jusqu’à la baie vitrée, l’ouvrit, sortit sur la terrasse. Le froid le traversa de part en part. Des coups de klaxon fusaient de Rome.

La ville ne voulait se calmer. Il fallait toujours qu’ils se disputent les priorités. Même la nuit du jour de Noël ils ne s’assagissaient pas.

— Mon Dieu. Tu nous envoies l’épreuve décisive. Mais l’Antéchrist ne devait-il pas être un homme ? Tu as donc choisi une femme.

Nastasia Philippovna héroïne de Dostoïevski dont le grand inquisiteur cherche à démontrer l’inexistence de la liberté.

En réponse le Christ se tait. C’est dans les ténèbres que la lumière doit jaillir. Il faut toucher le fond avant de regagner la surface.

Severino savait qu’il n’y avait aucune autre stratégie possible. C’était vrai pour les hommes en souffrance, aussi vrai pour l’humanité.

Le jugement dernier n’avait pas d’autre signification. Le dernier jugement d’une époque avant le début d’une autre époque.

Répandre des calamités pour préparer la renaissance. Mais quelle renaissance ? Monica la sorcière avait une réponse.

Une élite de privilégiés servie par une armée d’esclaves. Un pouvoir absolu aux mains d’une ultra-minorité.

Que souhaitait-il lui-même ? Le monde actuel lui était devenu insupportable. Il faisait la même analyse que les pauvres.

Tout devait changer mais pas pour que tout redevienne comme avant. Personne ne devait pouvoir imaginer ce qui adviendrait.

L’après devait être impensable. Un règne d’une lumière éblouissante. La révolution pour la révolution. Essayer autre chose.

Monica voulait le pouvoir. Mais à quoi bon ? Elle l’avait déjà. Lui voulait être surpris. Qui le surprendrait ? Nastasia Philippovna ?

— Si il mio signore, raisonna la voix amplifiée de Thérèse.

Severino quitta la terrasse et regagna l’intérieur.

La jeune femme tenait son téléphone à bout de bras pour se filmer. La capuche d’une parka noire ourlée de fourrure encadrait son visage.

Des boucles blondes virevoltaient autour de ses traits plongés dans la pénombre.

— Je suis sortie prendre l’air, dit Thérèse.

Elle montra un ours blanc sculpté dans un block de béton blanc.

— C’est le logo de l’hôtel où je suis descendue à Longyearbyen.

De puissants lampadaires éclairaient les rues enneigées. Des 4×4 et des motoneiges stationnaient devant des bâtiments colorés.

Les montagnes et leurs glaciers à l’arrière-plan surimposaient une lueur bleutée sur la nuit profonde.

— Tu attends quoi Thérèse ? Tu t’exposes pourquoi ? Tu devrais te cacher, agir dans l’ombre.

— J’attends Jason.

— Parce que tu crois qu’il va te défier, que vous allez vous affronter en duel dans la rue principale de cette ville nordique ?

L’image tressauta. Severino vit de la neige voltiger. Thérèse avait dû donner un coup de pied à une congère.

— Dans les westerns, c’est toujours les méchants qui tirent les premiers, dit Severino. C’est toujours eux qui meurent.

— Je me fiche des westerns. Dans la vraie vie, le premier l’emporte parce que le second a pris trop de retard.

Severino ricana.

— Jason ne sera pas seul, dit-il. Sa chère Nastasia s’est emparée d’un sous-marin et elle fait sans doute route vers les îles Svalbard.

— Une réunion de famille.

— J’ai encore espoir que notre homme à bord nous débarrasse de cette peste. Que Dieu le guide.

Thérèse ricana à son tour. Severino savait qu’un homme ordinaire ne pourrait arrêter Nastasia.

— Maisil saura se sacrifier, dit-il avec amertume.

— Je suis trop jeune pour mourir.

— Alors nous n’avons aucune chance de l’emporter.

— Je me moque de nous.

Severino ne pouvait lui en vouloir. Il détestait les fous de Dieu qui se transforment en chair à canon pour le plaisir d’individus àla Monica.

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