Chapitre 79

— Maintenant, laisse-moi sortir.

— Je n’y arrive pas, je maîtrise pas ton corps. Je savais pas à quel point un humain pensait lentement.

— Merci.

— Je te sens mieux, c’est drôle d’être de chair, ça change des nanotechnologies. Vous ressentez tant de choses inutiles.

— Mais qu’est-ce que tu fais ?

— J’ai trouvé un truc agréable.

— Tu vas réveiller Id.

— Houa ! C’est puissant. Je reçois tout en diminué d’habitude.

— Ça me gêne que tu joues avec mon corps. Rends-moi-le.

— La prochaine fois, c’est moi qui ferai l’amour avec ton mari.

— Arrête de me tripoter.

— Je ne peux pas.

— Tu ne veux pas ?

— Laisse-moi finir ce que j’ai commencé.

— Tu t’y prends mal.

— Comme un garçon ?

— En gros oui.

— Apprends-moi.

— Pas maintenant.

— Je t’en prie.

— Imagine que ta main est une langue.

— Une langue ?

— Douce, humide, précise et délicate. Voilà. C’est mieux.

— Ha !

— Tu ne vas pas crier. Si tu réveilles Id…

— Tu as honte de ton corps. Cette menotte m’empêche d’aller plus loin.

— Bien fait pour toi.

— C’est quoi ?

— Quoi ?

— Cette sensation ?

— Tu viens ?

— Mais ça ne t’arrive jamais comme ça ? Aussi vite, aussi fort avec…

— On ne va pas se psychanalyser maintenant.

— Tu ne jouis plus ?

— On est un vieux couple.

— Whouaf ! Whouaf ! Whouaf !

— Nastasia ? Réponds-moi.

— Whouaf ! Whouaf ! Whouaf !

— Nastasia !

— Quel potentiel ton corps. Tu peux pas laisser ce trésor en sommeil.

— Je croyais que je pensais lentement à cause de sensations inutiles.

— Tu n’es pas mieux avec mon processeur quantique ?

— J’avoue que j’ai du mal à me concentrer.

— Ton cœur bat vite, tu es essoufflée, je sens tout… mais, c’était insuffisant, il faudrait aller plus loin maintenant.

— Cesse.

— T’es pas marrante. Tu es une frustrée. Je comprends. Durant toutes ces années, tu as joué la pète-sec à la fac à cause de tes problèmes.

— J’ai appris à dominer mon animalité.

— Tu parles. J’ai entendu dire que même Gandhi n’avait pas été au net de côté là.

— Tu crois que c’est le moment ?

— On n’a rien d’autre à faire, je te rappelle. On est dans le noir, prisonnières, ton mari dort.

— Pourquoi tu ne l’appelles pas Id ? Tu es jalouse ?

— Ce n’est pas mon père.

— Je ne suis pas la seule qui doit consulter.

— Je n’avais pas imaginé à quel point le corps influence ce que nous sommes. Il nous dicte nos pensées.

— Tu as raison. Si tu ne m’embêtais pas, je me sentirais en toi infiniment légère. J’ai l’impression d’être dans un casino.

— Tu sais qu’en italien un casino c’est un bordel.

— Je suis sérieuse. Il y a partout des roulettes qui tournent et des espèces de machines à sous.

— C’est à cause de la loi de Turing. Un programme ne peut se tester lui-même. Il boucle sans fin quand il se regarde.

— Il bugue ?

— Si tu veux. Alors il faut le couper, couper au hasard toutes les subroutines de temps en temps, c’est comme ça qu’on décide, qu’on imagine.

— Tu parles pour toi.

— Tu te crois différente parce que tu es humaine ?

— C’est que j’éprouve autre chose.

— Tu es juste moins consciente dans ton corps des processus cognitifs. Je te comprends, c’est extraordinaire ce que tu as dans le ventre.

— Tu ne vas pas recommencer.

— J’ai du mal à résister. Comment tu réussis à te concentrer ?

— Ce n’était pas facile quand j’étais ado.

— Jusqu’à aujourd’hui, je n’entendais rien à vos poètes. Les enfants me ressemblent. Voilà pourquoi ils s’ennuient à l’école.

— Nastasia. Il y a du bruit.

— C’est vrai quoi. Ils ne sont pas équipés pour apprécier ce que les profs leur font lire.

— Nastasia. La porte est en train de s’ouvrir. Redonne-moi mon corps.

— Tu sais que nous avons une chance extraordinaire.

— Vite. Il y a de la lumière.

— Je suis toi, tu es moi. Mais ça fait mal dans yeux.

— Quel est le con ? crièrent en même temps Nastasia et Mitch.

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