Chapitre 84

Les météorologistes avaient prévu un ciel couvert et 10 degrés au-dessus de la normale. Le ciel était dégagé et il faisait 10 degrés en-dessous.

Et ce n’était pas le soleil qui réchaufferait l’atmosphère. À cette latitude, au milieu de l’hiver, la nuit ne se lèverait pas.

Longyearbyen s’était éveillé par un -15 revigorant. Les autochtones ne s’en formalisaient pas mais Thérèse s’énervait contre le thermomètre.

Fille du sud et du soleil, elle goûtait peu les destinations exotiques, les motos-neiges et les doudounes difformes.

À quoi bon dans ces conditions avoir sculpté son corps pour soumettre les hommes les plus rudes. Elle avait l’impression de porter le hijab.

Comme quoi les coutumes polaires rejoignaient celles des déserts torrides. À une nuance près, et pour Thérèse de taille.

Les hommes du nord se soumettaient aux mêmes règles que les femmes. C’est vrai pourquoi ces machos de sud ne portent pas eux aussi le hijab

Thérèse était méchante tout en restant féministe. Si elle en avait eu l’occasion, elle se serait même battue pour la suprématie de son sexe.

Elle était d’ailleurs persuadée que le temps des femmes arrivait. Qu’était-elle en train de faire ? De courir à l’aéroport de Longyearbyen.

Pourquoi ? Pour récupérer ce malade d’Eyes qui avait tenu à être de la fête malgré son état de santé incertain.

Elle entra dans le terminal avec soulagement, jetant en arrière sa capuche, ouvrant le zip qui la saucissonnait, dégageant sa longue silhouette.

Des préposés installaient des guirlandes et des panneaux de bienvenue pour les personnalités qui débarqueraient plus tard.

Un buffet occupait le hall devant le comptoir de la SAS. Il serait surchargé de boissons chaudes et de mignardises locales.

Harengs marinés, brochettes de sole, parts d’aeblekage, une espèce de quatre-quarts aux pommes.

Thérèse avait eu droit à la totale au petit déjeuner. Elle avait préféré un café lavasse agrémenté d’une viennoiserie à l’abricot.

Le premier vol commercial atterrirait en fin de matinée, avec les invités de seconde classe. Les huiles débarqueraient vers 15 heures.

Eyes avait exigé un jet privé. Severino le lui avait accordé. Il aimait la hargne et le courage de son grand inquisiteur.

Le Falcon 900 se posa d’un bref sifflement. Il se gara devant le terminal. La porte passerelle se déplia.

Les deux sbires sans humour descendirent un fauteuil roulant qu’ils déplièrent sur le tarmac avant de remonter chercher leur patron.

Ils l’assirent, le couvrirent avec mille précautions, un véritable chérubin, plus précieux que la réincarnation du Dalaï Lama.

Ils le roulèrent vers la douane. Expédièrent les formalités. Foncèrent vers Thérèse comme s’ils voulaient lui confié leur fardeau.

— Jason est là ? demanda Eyes.

— Tu as une bonne voix mon chéri, dit-elle.

— Alors ?

— Il ne m’a pas encore rejoint dans ma chambre.

— Tu fais la belle pour qu’il te repère.

— Il caille ici, j’ai besoin qu’on me réchauffe et je ne peux plus compter sur toi.

Eyes grogna.

— Je ne le laisserai pas se moquer de nous cette fois.

Il désigna le dessous de son fauteuil. Il y avait fait monter deux mitraillettes.

Il souleva sa couverture. Il cachait un pistolet mitrailleur et des grenades.

— Tu n’es pas raisonnable mon chéri.

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