Chapitre 2

Le costaud aux yeux verts comme le verre d’une bouteille de Perrier regagna la voiture accidentée l’air songeur. Son téléphone sonna.

— Oui, dit-il avec agacement.

Il écouta son correspondant.

— Oui, dit-il, nous avons perdu Jason.

Nouveau silence.

— Oui, Monsieur, dit-il avec exaspération.

Il raccrocha, jeta son téléphone sur le macadam, l’écrasa avec le talon de ses bottes de motard.

Les gendarmes le regardaient avec terreur. Aucun ne semblait désireux de lui adresser la parole.

— Bande d’imbéciles, leur lança-t-il.

Il introduisit sa lourde tête dans la voiture accidentée, observa le mécanisme qui reliait le volant et les pédales. Un technicien l’avait désossé.

— Ça donne quoi ?

— Un système télécommandé d’une extraordinaire sophistication, dit le technicien. Je ne connais pas ce genre de circuit.

— Je vais vous étrangler.

Le ton violent et rustre du costaud contrastait avec celui empreint de respect du technicien.

— Jason s’est jeté dans le bas-côté par la portière passager tout en continuant à piloter la voiture à distance, dit le technicien.

— Ces cons qui le suivaient n’ont rien vu, dit le costaud. Ils avaient besoin de le canarder ? Ils ont voulu jouer les héros, capturer Jason.

Le technicien se contenta de revisser le couvercle du mécanisme.

— Amène tout ça au labo. Et vous autres dégagez.

— Eyes, vient vite, cria une femme.

— Quoi encore ? dit le costaud en se dirigeant vers une fourgonnette de gendarmerie stationnée plus loin dans la nuit.

Dans l’habitacle arrière, une jeune femme à l’allure sportive fixait l’écran d’un ordinateur. Elle pointait du doigt un signal clignotant.

— Le téléphone de Jason se déplace assez vite, dit-elle.

— Mais il était tout près de nous. Les couillons le cherchaient !

Eyes se frappa la tête des deux mains.

— C’était qui cet automobiliste qui s’est arrêté ?

Il quitta la jeune femme et se précipita vers les gendarmes.

— Vous avez relevé le numéro de la voiture qui vient de repartir ?

Pas de réponse.

— Ok, j’ai compris. Vous allez me retrouver ce type très vite.

Les gendarmes s’agitèrent en tout sens, plus pris de panique que d’une réelle envie d’obéir.

— Merde, merde, répétait Eyes.

— Tu crois qu’il est venu te narguer et récupérer son téléphone ? dit la jeune femme en s’approchant de lui.

Les grands yeux verts d’Eyes lancèrent des éclairs. Il sortit un pistolet, visa la voiture accidentée, tira dessus à plusieurs reprises.